et je suis devenue grand-mère

Il neige. J’appelle à l’appartement. Répondeur. J’appelle au travail. Collègue. Il n’est pas venu. Il est à la maternité. Je m’en doutais. J’avais juste besoin de confirmation. Je pleure. Quelle drôle de réaction. Je suis si heureuse ! 

J’ai eu confirmation. Et alors ? J’essaie de faire deux ou trois choses. Je commence, mais je ne finis rien. Je ris. Je pleure. Je tourne en rond. Je parle au chien. Non. Je ne peux pas rester là. Je me douche soigneusement. Au Cytéal. C’est un savon désinfectant. 

La voir. Les voir au plus vite. Aucun souvenir du trajet. Pourtant, j’arrive à la maternité de Purpan, sans m’être perdue ! A la maternité, j’explique que ma fille est en train d’accoucher. On me conduit dans une salle d’attente. Une infirmière me propose de « m’habiller » pour rejoindre ma fille et son mari. 

Honteuse. C’est comme ça que je suis maintenant. Elle insiste. J’essaie d’expliquer que ce n’est pas ma place. Que je veux seulement être là, au plus vite quand ils auront envie de me présenter mon petit fils, quand ils auront envie de partager un moment de cette naissance avec moi. 

Je dois m’embrouiller parce que visiblement, elle ne comprend pas ce que je fais là, si je ne veux pas enter. Pour qu’elle me lâche, je finis par lui dire que je souhaite seulement qu’elle leur dise que je les embrasse tendrement. Ouf ! Elle est repartie dans le service. J’espère qu’elle aura compris à minima et que mes enfants ne m’en voudront pas d’être déjà ici. 

J’essaie de lire. Je tourne les pages. Je rêve de ce petit garçon qui va être mon petit fils. Mon premier petit fils. Comment va-t-il être ? Je pense à elle. Ma toute petite. Ma chérinette. Ma pépette. N’aie pas peur ma toute belle. N’aie pas peur ma petite maman. Autorise-toi à vivre ce moment avec l’émotion qu’il mérite. L’émotion n’est pas ridicule. Moi, je me suis forcée à rater ça : trop fleur bleue pour la féministe que je suis ! C’est ça qui est ridicule ! Pourquoi, ne lui ai-je pas raconté ma bêtise avant ? 

Il doit bien y avoir un distributeur de boissons et de sandwiches quelque part. Il va être affamé, et moi, j’aurai l’air utile si j’ai de quoi le restaurer quand je les verrai. Et s’ils ne veulent pas me voir ? Bon sang, de quoi je me mêle encore ! Foutue impulsivité ! J’agis d’abord, je pense après !   Et l’infirmière qui n’a rien compris. Savoir ce qu’elle leur a raconté. 

Evidemment, je n’ai pas l’heure et j’ai encore laissé mon portable à la maison. Et si elle était déjà dans sa chambre alors que j’attends là ? Pourquoi suis-je venue ici, dans cette salle d’attente du service ? J’aurais dû attendre sagement dans le hall de la maternité ou dans le bistrot d’à côté. L’infirmière ! Elle revient ! 

-« je leur ai dit que vous étiez-là. Tout se passe bien. Je vous donne la blouse ? » Non ! Non merci ! Partir. Fuir. Mais de quoi je me mêle ? Ce n’est pas ma place, je le sais bien. Tout se passe bien. Elle ne souffre pas. Il n’y a pas de problème. Tout se passe bien. C’est ça que ça veut dire. Sûr. C’est ça que ça veut dire. 

Encore ! Mais qu’est-ce qu’elle a à passer et à repasser au lieu de s’occuper de ma fille ? Non ! NON ! Je ne veux pas venir. J’ai juste besoin d’être à proximité. Que c’est long. Qu’est-ce qui est long ? Le temps d’u accouchement ou celui de ma bêtise ? J’entends encore ses pas. Elle va revenir. Elle va encore insister. Partir. Je me lève et me dirige le plus dignement possible vers la sortie. La porte s’ouvre. C’est lui ! Le Papa de mon petit fils. 

A-t-il l’air fâché après-moi ? Coup d’œil furtif. Je ne vois rien. Je ne suis qu’émotion. Je ne sais pas de quoi il a l’air. Je me précipite vers lui. Aucun souvenir de réalité. Je dois encore pleurer ? Je passe la porte derrière lui. Il m’aide à mettre la blouse à l’endroit et à passer les chaussons. Je suis plus assurée. Je me suis douchée soigneusement au savon désinfectant. Il pousse une autre porte. Ils sont là ! Tous les deux ! Mon bébé et son bébé ! Plus beaux l’un que l’autre, aussi beaux l ‘un que l’autre ? 

Ma toute petite et son vrai bébé ! Jambes coupées. Voix coupée. Je crois que j’ai les tripes dans les talons.  Pas de souvenirs précis de mots, de gestes. Les tripes dans les pieds. Je suis devenue mère et grand-mère en même temps.  C’est vieillir trop vite pour des souvenirs précis. 



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2 commentaires

  1. kathy85 dit :

    un petit coucou du soir y’a longtemps que je n’étais pas passé par ici a bientot

    Dernière publication sur le quotidien de la vie et des gifs : DEJA UN AN

  2. désolée, rien de nouveau ces derniers temps : occupations de grand-mère, garde de varicelleux !

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